lundi 18 décembre 2017

Sites de rencontres : sites de prostitution ?

sites de encontres

Communiquer avec des internautes aux quatre coins du monde et faire des rencontres virtuelles, c’est possible dans les sites de rencontres. Mais, de plus en plus, les utilisateurs de ces sites font qu’ils dérivent vers la prostitution… Au Maroc, comme ailleurs. Témoignages.

Les sites de rencontres permettent le chat, la discussion et même des rencontres dans le monde réel. Des sites qui ne cessent de foisonner, comme Meetic, Tchatche, Sayhi, Badoo,Tango, Twoo, Tagged et même Facebook, ainsi que d’autres encore, utilisés à cette fin. Ces sites connaissent un engouement certain de par le monde. Au début, ils avaient comme mission de mettre en contact des personnes qui cherchaient des amitiés ou des opportunités de mariage. Mais les choses ont pris une autre tournure.
Au Maroc, à l’instar des autres pays du monde, ces sites ont pris d’autres dimensions. En plus de la recherche d’ami(e)s ou de maris ou épouses, l’on y trouve également d’autres univers, dont la prostitution, l’opportunisme et l’arnaque.Des hommes ou des femmes de toutes catégories sociales et de tous âges cherchent à passer de bons moments. Aussi s’inscrivent-ils dans ces sites pour rencontrer des personnes afin de satisfaire leur propre besoin sexuel et ou encore offrir leurs «services» et par conséquent gagner de l’argent. Il y a même des personnes qui se sont professionnalisées dans l’arnaque des gens en profitant de leurs faiblesses et en en faisant des victimes.

Que d’histoires!

Hicham, 44 ans, divorcé, trouve toujours ce qu’il veut dans ces sites. Il est inscrit dans plusieurs adresses de rencontres. «Je rencontre des gens de toutes catégories sociales, chaque fois que j’en éprouve le besoin. Je consulte les sites de rencontres. D’ailleurs, nous sommes nombreux à le faire. Je cherche surtout les profils de femmes où il y a des détails comme aimer les sorties entre amis, les bars, les pubs, les discothèques…ou encore ayant des hobbies comme le shopping, la danse et les voyages. Ce sont ces femmes-là que je contacte souvent. Il y en a de tous les âges, de tous les genres et de toutes les catégories sociales, même des femmes mariées. Les plus jeunes sont très exigeantes. Elles mettent des pseudonymes comme ”Dalouaâ”, ”Oubour”, ”Holm”, ”la Fille marocaine”… Elles précisent bien qu’elles fument et picolent et qu’elles aiment surtout faire du shopping et les voyages», raconte Hicham. Et d’ajouter: «dernièrement, j’ai pris contact avec une fille de 23 ans. Au début, elle m’a demandé l’emmener chez MacDo, puis dans une ”boîte”. Dans la soirée, elle a hélé un taxi pour nous conduire dans un appartement très luxueux situé au centre de la ville. Il appartenait à un Egyptien. L’appartement était très luxueux, comparable à un hôtel classé 5 étoiles. Il y avait de tout: des peignoirs très propres et même des préservatifs. J’ai passé une heure et demie avec elle. A la fin, j’ai payé au propriétaire de l’appartement 300 DH. Quant à la ”passe”, je l’ai payée à 350 DH. Les filles les plus âgées exigent qu’on les accompagne au restaurant. Elles consomment du vin et surtout aiment discuter. Elles aiment aussi la bière. Celles-là, je les paie souvent à 1.000 DH parce qu’on passe la nuit ensemble. Je dépense souvent plus de 3.000 DH pour une seule nuit. Il m’est également arrivé d’être invité chez une femme aisée et très belle. Mais cette fois, je faisais sa connaissance via Facebook. Nous prenions du temps pour nous connaître, puis nous décidions de nous rencontrer. Nous dînions à l’extérieur, puis nous allions chez elle. On picolait et on passait la nuit ensemble, sans rien payer. C’était juste pour passer un bon moment ensemble», relate Hicham.
Si des femmes choisissent ce genre de vie comme passe-temps, d’autres l’ont adopté pour avoir plus d’argent, afin de mener une vie mondaine facile. «Cela fait plus d’un mois que j’ai noué, via le net, une amitié avec une jeune personne de 25 ans. Elle est étudiante en Droit français. Le jour de notre rendez-vous, elle est venue me voir avec sa mère. Cela m’a beaucoup choqué. Mais il s’est avéré que la mère pratiquait le même ”métier” que sa fille. Avant de nous laisser seuls, elle m’a demandé d’être généreux avec sa fille. Celle-ci m’a parlé de leurs conditions de vie. Elle m’a révélé que son père était décédé depuis quelques années et que le coût de la vie était très élevé pour elles. J’ai appris que cette jeune fille-comme sa mère- subvenait aux besoins de la famille, dont des frères qui poursuivaient leurs études dans des écoles privées», raconte toujours Hicham. Il y a même celles qui draguent les hommes, surtout comme passe-temps et trompent leur mari, affirme-t-il encore. «Le net m’a permis de rencontrer une dame qui est très jolie et d’une certaine classe. Son mari travaille à l’étranger. C’est elle qui m’a proposé de passer la nuit dans une chambre d’hôtel».

Les opportunistes sont aussi de la partie

Dans ce monde du net, on trouve également les opportunistes, celles qui ne cherchent qu’à avoir de l’argent. Plusieurs filles n’hésitent pas à vous demander de leur envoyer de l’argent ou de leur payer des cours et ce, même si elles ne vous ont jamais rencontré, révèle Nadir, 45 ans, marié.
«Nombreuses sont les filles ou les femmes qui vous demandent de leur envoyer de l’argent. Certaines Marocaines sont habituées à recevoir des ”hawalates” (mandats) des pays du Golfe, avant de rencontrer les hommes en question. Elles procèdent de la même façon avec tout le monde. Ce qui compte, c’est de profiter au maximum de la situation. J’ai fait la connaissance d’une fille âgée de 29 ans, sur le site Twoo. Elle avait comme pseudonyme Ange Fidel. Notre première rencontre a eu lieu durant la première semaine du mois de Ramadan dernier. Elle m’a demandé de l’accompagner dans une grande surface commerciale, ce qui m’a paru bizarre pour une première rencontre. Elle était accompagnée d’une dame qui avait l’âge de sa mère. Elle a fait ses courses et, à la fin, m’a demandé de payer la facture. Bien entendu, j’ai refusé et nous nous sommes quittés à la caisse. Le soir, je l’ai appelée et elle m’a dit qu’elle était déçue, parce que je n’avais pas payé ses courses. Je lui ai alors répondu fermement que je n’étais pas dupe».
D’autres filles utilisent une caméra vidéo sur Skype pour appâter les «clients». Après la discussion, elles se dénudent et montrent des parties de leur corps. Mais juste quelque temps après, elles ferment la caméra pour laisser le client sur sa «faim». Elles lui demandent alors de leur envoyer une recharge de 100 DH, pour pouvoir communiquer et poursuivre le contact. Et, si ce client accepte et leur envoie le code de la recharge de 100 DH, c’est qu’il est tombé dans leur piège, parce que celle qui l’a arnaqué ne donnera pas suite à ce jeu, raconte Mourad, 33 ans.

La version féminine

«Le net, c’est mille fois mieux que d’avoir des intermédiaires entre les clients et moi. Ce moyen me permet d’entrer en contact avec les personnes qui sollicitent mes services. Ces personnes consultent mon profil et me communiquent ce qu’ils veulent. Idem pour moi. Via ce site, je rencontre de tout: les avocats, les grands directeurs de boîte, le simple employé, le simple ouvrier et même des étudiants, avec leurs divers caractères», avoue Sanae, 32 ans. Et d’ajouter: «les hommes viennent souvent chez moi. On dîne, on picole et on passe la nuit ensemble. Ils aiment que je me soumette à leurs fantasmes et, à la fin, je suis généreusement payée. L’argent gagné me permet de vivre dans le luxe. Je vis dans un beau quartier, je m’habille à la mode, je voyage et je fais un tas de choses. Mais l’argent facile rend la vie dure. Psychologiquement, c’est dur, parce qu’on fréquente des gens agréables et d’autres désagréables».

Badia Dref

Les cybercriminels, ce n’est pas ça qui manque!

Les personnes mal intentionnées, ce n’est pas ça qui manque sur le net. Elles usurpent nombre d’identités pour voler de l’argent aux gens. «J’avais toujours envie d’émigrer au Canada. Cette idée m’obsédait, parce que tous mes amis sont partis faire leur vie dans ce pays. J’avais alors fait connaissance d’une fille canadienne nommée Rachel. Nous avons commencé à tisser des liens très forts. À un certain moment, elle m’a proposé de nous marier. Et elle m’a demandé d’envoyer mon passeport et surtout de l’argent au consulat canadien en Grèce pour que je puisse avoir un visa. Juste après, elle a changé d’avis pour me demander de tout envoyer à un avocat vivant dans ce pays et elle m’a donné son nom, son prénom et son adresse», relate Hicham. Et d’ajouter : «cela m’a paru trop bizarre. J’ai alors demandé à un ami de m’aider en faisant des recherches sur le net pour connaître la véritable identité de Rachel. Avec mon copain, j’ai découvert sur le site de l’ambassade canadienne en Grèce un avertissement affirmant que l’internaute Rachel était un arnaqueur africain, qu’il fallait se méfier de cette personne et que l’ambassade canadienne n’assumait aucune responsabilité en cas d’arnaque. Juste après, je lui ai menti en prétendant que j’avais envoyé mon passeport à l’avocat en Grèce. Après quelques jours, il (l’Africain alias Rachel) m’a contacté en me disant que l’avocat a «bien reçu» mes papiers et qu’il s’occuperait de tout. Mais il fallait d’abord lui envoyer la somme de 2.000 dollars. Et cet argent devait être remis au mari de sa copine vivant à Fès. J’ai alors réclamé à mon correspondant (toujours Rachel) de me donner le numéro de téléphone dudit mari. Finalement, il s’est avéré que ce dernier était lui aussi un Africain. Il m’a demandé de lui envoyer tout l’argent par poste, mais j’ai refusé et exigé surtout de le rencontrer personnellement. Mais par la suite, il n’a plus donné signe de vie. Juste après, j’ai fait savoir à «Rachel» que je n’avais pas envoyé mon passeport à la Grèce, qu’«elle» mentait et qu’«elle» était un arnaqueur africain. Et l’histoire s’est terminée là».

 

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L’avis de Mohsine Benzakour, psycho-sociologue

Mohsine benzakour

L’acte sexuel est devenu un «commerce sécurisé»

Internet, c’est aussi un monde de manipulation psychologique et de dérives. La prostitution et l’arnaque y sont devenues chose facile. Pourquoi ? M. Benzakour donne quelques éléments de réponse.

Internet a-t-il facilité le sexe?

Aujourd’hui, l’ouverture sexuelle est plus facile grâce à Internet. Mais ce qui est intéressant à savoir, c’est que le Marocain a un besoin de l’autre, aux niveaux sentimental et sexuel. Et Internet lui facilite tout cela, ce qui nous pousse à poser la question suivante: est-ce que le Marocain a besoin d’exprimer ses désirs dans l’obscurité? Parce que c’est «hchouma» de dire publiquement «kanabghik, on le fait discrètement et cela fait partie de notre culture sociale. Cette situation concerne aussi bien les époux que les non mariés. Les tendances sexuelles sont toujours considérées comme des tabous et, actuellement, le Marocain les exprime derrière son écran. Et cette même situation fait perdurer le tabou. Et puis, Internet n’est pas positif, puisqu’on apprend au Marocain à ne pas affronter la réalité, ni à exprimer ses sentiments et ses tendances sexuelles. Les sites de rencontres sont «une sorte de masturbation» et c’est aussi un monde de la prostitution. La prostitution via le net est devenue chose facile, parce que ça se passe dans l’anonymat et le contact se fait de façon très rapide. Les prostituées choisissent à leur guise, ainsi que les demandeurs de leurs services. Toutes les conditions sont réunies dans ce monde virtuel pour réussir l’acte sexuel dans la réalité. Et c’est devenu un commerce «sécurisé». Encore, les prostituées ont de moins en moins de problèmes avec la police.

Comment éviter l’arnaque sur le net?

Il y a des techniques simples pour savoir sur le net s’il s’agit d’un arnaqueur ou d’une personne mal intentionnée. Il faut tout simplement faire attention au style utilisé par l’interlocuteur et au nombre de messages envoyés par ce dernier. En effet, si cette personne vous envoie énormément de messages, c’est un signe de manipulation psychologique. Il faut toujours faire attention aussi à ce qu’on ne donne pas d’informations personnelles aux étrangers. Il ne faut jamais dévier de l’objectif initial, celui de se faire des amis et, surtout, ne pas tomber amoureux d’une personne qui n’existe que dans un monde virtuel. Parce que cette personne va vous faire croire uniquement ce qu’elle veut et peut-être vous mentir. La véracité du discours, il ne faut pas non plus la négliger. Il faut principalement essayer de détecter s’il y a des contradictions. Cela ne sera possible que si on recourt à notre intelligence et si on ne penche pas vers l’émotionnel. À rappeler qu’il n’y a pas mieux que la communication dans la réalité, parce qu’à ce moment-là, on analyse le discours et le ton utilisés. On voit les grimaces de la personne, ainsi que ses yeux. On sent quand une personne est sincère ou pas.

Peut-on transposer la réalité humaine dans un monde virtuel?

Le net est devenu un moyen pour chercher un partenaire, un mari, une épouse… Mais il y a aussi d’autres personnes qui ne cherchent que l’argent et elles sont malicieuses. Elles peuvent se jouer des sentiments des gens et profiter de leurs points faibles. Internet est un outil qui remplace l’écrit et il est de plus en plus utilisé par les gens. Mais il ne remplacera jamais la relation entre les humains et la communication verbale. Substituer la machine à l’homme ne sera pas possible, surtout dans cette situation. Donc, tenter de transposer la réalité humaine dans un monde virtuel sera un échec. Peut-on ainsi transposer les sentiments dans un monde virtuel? Non, je ne le pense pas.

Propos recueillis par Badia Dref

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Un commentaire

  1. Internet grouille de malfrat et d’arnaqueur en tout genre. En cas de problèmes, il faut s’adresser à la gendarmerie la plus proche. N’écoutez pas ceux qui disent d’envoyer un mail à interpol car ils ne traitent pas ce genre de mail et surtout leurs mails ne finiraient jamais par laposte.net ou rocketmail.com, c’est des faux mails.
    Ceux qui disent ça ont des mauvaises intentions, méfiez vous de ceux qui veulent vous aider sur internet!

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