mercredi 12 décembre 2018

Rentrée politique et parlementaire : Aucun signe d’amélioration en vue

Les Secrétaires généraux des 6 partis de la majorité

Chaque année, à la même date (deuxième vendredi du mois d’octobre),

SM le Roi Mohammed VI prononce un discours dans l’Hémicycle, marquant l’ouverture de la session parlementaire d’automne et donnant le coup d’envoi de la rentrée politique dans le Royaume.

Le Discours prononcé par le Souverain devant les membres des deux Chambres des représentants et des conseillers est une occasion d’attirer l’attention sur les dossiers les plus pressants à caractère politique, économique et social. Ces dernières années, les Discours royaux, à l’occasion de l’ouverture du parlement, ont connu un tournant remarquable et décisif.

En effet, plus fermes et très critiques à l’égard des acteurs politiques marocains, les Discours royaux devant les parlementaires n’étaient que très rarement interceptés comme il se devait par les personnes concernées. Le Discours royal au parlement, cette année, intervient dans un contexte particulier.

Force est de constater que l’engagement royal en faveur des citoyens trouve rarement écho dans les milieux politiques qui continuent d’accumuler les faux pas et font preuve d’un laxisme déconcertant. L’expérience a montré que les politiciens marocains ne s’activent qu’en période électorale ou pour régler leurs querelles politiciennes.

Les «tirs amis» frappent le gouvernement

Les exemples qui montrent que les hommes politiques marocains excellent dans les guerres verbales sont nombreux. Dernière en date, la confrontation entre des responsables de deux partis de la place, en l’occurrence le Parti de la Justice et du Développement (PJD) et le Rassemblement National des Indépendants (RNI). Pour comprendre ce qui se passe réellement, il faut remonter au 22 septembre 2018. Ce jour-là, à Marrakech, le RNI organisait l’Université des Jeunes Indépendants. A cette occasion, Rachid Talbi Alami, membre du Bureau politique du RNI et ministre de la Jeunesse et des Sports, a réagi à la victoire du candidat de son parti, Ahmed El Mrabet, aux élections partielles du 20 septembre 2018 à Fnideq. Il a déclaré que ces résultats constituent «un test sur le terrain ayant confirmé le leadership du RNI». Et d’ajouter: «Les citoyens ont voté contre ceux qui souhaitent détruire le pays». Il a souligné que ceux qui tirent sur le RNI et son président auraient pour «modèle le projet politique du président turc» visant à nuire aux personnes et à remettre en doute toutes les composantes du pays. Pour Talbi Alami, le Parti de la Justice et du Développement (PJD) était en train de «détruire l’économie nationale».

Dans un premier temps, c’est le numéro 2 du parti islamiste, Slimane El Amrani, qui a réagi publiquement. Dans une réponse sur sa page Facebook, il a exprimé son indignation et celle du PJD. «Ce sont là des positions gravissimes, nuisibles et inacceptables», s’est-il indigné en rappelant à Talbi Alami que ces attaques verbales étaient  de nature à porter atteinte à la Charte de la majorité. «Vos propos sont contraires à la Charte de la majorité dont votre parti est signataire», a-t-il rappelé.

Dans un deuxième temps, le PJD s’est saisi de cette polémique. Dans un communiqué rendu public à la suite de la réunion de son instance dirigeante, il s’est insurgé contre les attaques «irresponsables» du RNI, qu’il a qualifiées de contradictoires avec les principes et les règles de fonctionnement du gouvernement.

Le 26 septembre 2018, le président du RNI a, à son tour, réagi à la tension avec le PJD. Aziz Akhannouch a, dans ce sens, fait part de la déception de son parti devant les propos déplacés (du PJD) tenus contre un membre du Bureau politique du RNI (Talbi Alami). Le clash PJD-RNI a été précédé d’autres incidents qui dénotaient, selon des analystes politiques, la fragilité de la majorité et l’incapacité de ses composantes de contenir leurs différends.

En août 2018, sur proposition du chef de gouvernement et du ministre de l’Equipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau, Abdelkader Amara, le secrétariat d’Etat chargé de l’Eau est supprimé. Cette décision s’est soldée par le départ de la secrétaire d’Etat, Charafat Afailal (PPS). Le parti du livre n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué faisant suite à la réunion d’urgence de son Comité Central, le PPS n’a pas mâché ses mots, dénonçant la manière, jugée inadéquate, avec laquelle Saâd-Eddine El Othmani a géré cette affaire. Ce dernier a d’ailleurs été sommé de fournir de plus amples explications à ce sujet.

La course au perchoir n’arrange pas les choses  

Aussi, dans une tentative de colmater les brèches, le chef de gouvernement a-t-il présidé, jeudi 4 octobre 2018, dans son domicile à Rabat, une réunion «d’apaisement» avec les chefs des six partis de la majorité. Lors de cette rencontre, plusieurs sujets ont été débattus, notamment la manière de faire baisser la tension au sein de la coalition et la question de l’élection d’un nouveau président de la Chambre des conseillers. Certaines informations venant de cette réunion à huis clos ont révélé que la coalition a laissé la porte ouverte à trois hypothèses. La première serait de soutenir un candidat de l’opposition (issu du Parti de l’Istiqlal ou du Parti Authenticité et Modernité). La deuxième voudrait que la majorité présente un candidat unique à la présidence du perchoir. La troisième hypothèse serait de donner la possibilité aux groupes parlementaires de la majorité de présenter librement les candidats qu’ils estiment aptes à occuper ce poste. Pour rappel, deux candidats sont, pour le moment, en lice pour la présidence de la Chambre des conseillers. Il s’agit de Hakim Benchamass  (PAM)  et de Abdessamad Kayouh (PI).

Au terme de la réunion des chefs des partis de la majorité avec le chef de gouvernement, il a été convenu de tenir une prochaine rencontre. Programmée dans les dix prochains jours, elle permettra à la majorité d’avoir une vision plus claire concernant la course au perchoir qui s’annonce déjà rude.  

Ainsi, entre l’engagement royal pour un Maroc moderne et développé à tous les niveaux et l’attitude non constructive d’acteurs politiques, le fossé risque de se creuser davantage. 

Mohcine Lourhzal 

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