mercredi 18 octobre 2017

Maroc – 8 mars : L’heure du bilan

Femmes maroc 8mars

La Journée internationale de la femme intervient cette année à la veille de la participation marocaine à la 59ème session de la Commission de la Condition de la Femme (New York, 9-20 mars 2015). Quel bilan ?

Cette session entreprendra l’examen des progrès réalisés dans l’application de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing, 20 ans après son adoption lors de la 4ème Conférence Mondiale sur les Femmes (Pékin, 1995). La Déclaration dite de Beijing avait mis en exergue 12 domaines critiques, dont: femme et santé, femme et pauvreté, femme et économie, femme et environnement, violence à l’égard des femmes, la petite fille…)
Cette commémoration intervient également dans le cadre des préparatifs de l’Agenda de développement post-2015 et en perspective de l’adoption, prévue en septembre 2015, des Objectifs de Développement Durable (ODD) qui succéderont aux Objectifs du Millénaire pour le Développement.
L’opposition et plusieurs mouvements féministes annoncent une marche nationale le dimanche 8 mars à Rabat, à l’occasion de la Journée internationale de la femme (à partir de Bab El Had).

L’annonce en a été faite par le Collectif Parité et Démocratie qui réunit des figures du féminisme marocain comme Fouzia Assouli ou des personnalités politiques comme Yasmina Baddou (Istiqlal), Hanane Rihab (USFP), Khadija Rouissi (PAM) ou encore, Mohamed Assid.
Pour Fouzia Assouli, présidente de la Fédération de la Ligue démocratique des droits des femmes, la création de cette coalition ne vise personne, mais a pour but de dénoncer les politiques publiques mises en œuvre, le discours reproduisant des stéréotypes et la dégradation des conditions de la femme au Maroc (mariage des mineures, féminisation de la pauvreté, chômage des femmes…). C’est ce qui explique, selon elle, le classement mondial du Royaume sur l’échiquier de l’égalité des genres où il occupe la 133ème place sur 143 pays.

Programme d’action de Beijing +20

L’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) a présenté, le mercredi 25 février, le rapport parallèle des associations marocaines sur la mise en œuvre de la Déclaration et du programme d’action de Beijing+20. Ce rapport s’inscrit dans le cadre de la célébration par la communauté internationale du vingtième anniversaire de l’adoption de ces Déclaration et Programme d’action. De ce rapport, il ressort que la situation des femmes au Maroc demeure préoccupante dans bien de domaines, en dépit des avancées enregistrées au niveau du cadre normatif de protection et de promotion des droits des femmes.
Ainsi, le rapport rappelle: «62,8% des femmes sont victimes de violences, dont 55% dans le cadre conjugal», selon une enquête de prévalence réalisée en 2009. Il met aussi en lumière les difficultés en matière de ressources humaines et matérielles auxquelles sont confrontés les centres d’écoute des ONG et souligne la lenteur qui entoure la révision du projet de loi sur les violences faites aux femmes. D’autres doléances y ont été soulevées. Il s’agit du Code du travail qui ne couvre pas certains secteurs d’activités fortement féminisés tels que le service domestique et le travail agricole non salarié. Tout comme l’accès aux ressources, notamment à la terre, qui n’est pas assuré. Ainsi, le rapport déplore: «Les femmes des terres collectives sont victimes d’exclusion des indemnisations issues des cessions ou de l’exploitation de ces terres».
Sur le plan politique, le rapport remarque que les femmes ne représentent que 17% des députés et que seules sept femmes occupent des postes leur permettant d’influer sur le fonctionnement du Parlement. Quant à la représentation des femmes dans le gouvernement, elle reste faible (21,2% en 2007, contre 12,8% en 2014). Même constat avec la loi organique relative aux nominations aux hautes fonctions (2012) qui ne prévoit pas de mesures spécifiques garantissant la parité. Si les femmes représentent plus du tiers de l’ensemble des fonctionnaires, seules 12% occupent des postes de direction. S’agissant du Code de la famille, le rapport déplore plusieurs dispositions et pratiques discriminatoires persistantes comme le mariage des mineures, dont le nombre a doublé en passant de 18.341 en 2004 à 35.152 en 2013 (99,79% des demandes concernent des filles); la polygamie (31,35% des demandes d’autorisation ont été accordées en 2013); le mariage des musulmanes avec les non-musulmans interdit uniquement aux femmes marocaines; et l’accès des femmes aux procédures de divorce, notamment dans le cas de discorde où la femme est obligée de produire des preuves du préjudice. Les médias ne sont pas épargnés: «Les médias réservent aux présentatrices essentiellement des émissions de cuisine, de beauté…, contrairement aux émissions de politique et d’économie qui sont l’apanage des hommes»…
Le rapport critique aussi les violations des droits des enfants, notamment des petites filles domestiques et les mariages précoces, citant l’enquête nationale sur l’emploi de 2012 révélant que 92.000 enfants âgés de 7 à 15 ans travaillent et l’étude du Collectif de lutte contre le travail des petites bonnes de 2010, affirmant que 60.000 à 80.000 petites filles sont touchées par le travail domestique et exploitées.

Bouchra Elkhadir

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