L’Europe de Bruxelles se veut morale. Elle n’hésite pas à donner des leçons, notamment sur la protection des minorités dans le monde. Mais elle est loin d’être exemplaire au regard de ses principes. C’est le cas de plusieurs Etats membres notamment les nouveaux venus de l’Europe de l’est. Il ne s’agit pas d’un problème totalement assimilable à celui de l’immigration extra européenne, mais il y a des ressemblances. Une population notamment est souvent traitée comme une sorte d’immigration intérieure. Il s’agit des roms (appellation internationale de l’ONU).
Le sort des Roms en Europe a récemment rebondi à l’occasion d’une vague de xénophobie très forte à leur encontre en Italie suite cependant à de graves actes d’insécurité attribués à cette communauté. La communauté rom a fait l’objet de lois spécifiques jugées discriminatoires par les associations de défense des droits de l’Homme, mais approuvées par la majorité des Italiens. Bruxelles s’en est émue et en a été saisie.
Les Roms sont meurtris et furieux de l'aval donné par l'Union européenne (UE) au «fichage» des membres de leur communauté en Italie, mis sur la sellette lors d'une grande conférence organisée mardi à Bruxelles par la Commission européenne. Le financier George Soros s'est fait leur héraut : «je suis sérieusement préoccupé par le fichage des Roms en Italie. Je crains que cela ne devienne une norme de facto dans l'Union européenne». May Bittel, membre fondateur du forum des Roms et des gens du voyage au Conseil de l'Europe, a enfoncé le clou. «Si on avalise la manière de faire en Italie, c'est toute l'Europe qui va suivre», a-t-il soutenu.
La représentante du gouvernement italien, Eugenia Maria Roccella, sous-secrétaire d'Etat pour l'Emploi et les politiques sociales, a subi de plein fouet ce ressentiment. Les Roms ont quitté la salle lors de son intervention, puis sont revenus pour la conspuer et la siffler.
La Commission européenne s'est également retrouvée sur la défensive, pour avoir donné son accord à ce recensement controversé quelques jours avant la réunion de Bruxelles.
Le Français Jacques Barrot, commissaire chargé de la Justice et des Libertés, a mis en garde le gouvernement italien contre toute pratique incompatible avec le droit communautaire.
«Nous avons fait savoir que nous n'accepterions aucun recensement sur une base ethnique ou religieuse», a-t-il affirmé pour se défendre contre les critiques.
«Le gouvernement italien nous a assuré qu'il entend suivre ces instructions claires. Mais tout le problème est dans l'application», a-t-il reconnu.
«Vous dénoncez la discrimination ethnique. La Commission est tout à fait sur cette ligne», a pour sa part assuré le président de la Commission, José Manuel Barroso. Mais «la situation dramatique des Roms ne peut être réglée depuis Bruxelles», a-t-il averti. «Les instruments pour créer ce changement sont dans les mains des Etats membres. Les politiques pour l'intégration des Roms sont de la compétence des Etats membres», a-t-il insisté. Plus virulent, Rudko Kawczynski, président du Forum européen des Roms et des Gens du Voyage, s'est demandé à quoi servait cette conférence. «Nous subissons aujourd'hui un gentil blabla sur l'intégration, alors que cela fait 800 ans qu'on essaie de nous expulser d'Europe, et personne aujourd'hui ne nous a dit ce qui va être fait pour nous débarrasser des comportements anti-Roms», a-t-il martelé.
Mais qui sont les Roms ?
Trouver le pays d'origine des Roms fut un grand défi, depuis le Moyen Age où ils sont apparus en Europe, pour les habitants des pays où ils venaient, aussi bien que pour les historiens. Il n'est pas possible de donner la date exacte de leur arrivée en Europe, car les différents groupes de Roms se dispersaient en Europe, l'un indépendamment de l'autre, chacun empruntant son propre chemin. On peut s'appuyer seulement sur des documents des archives municipales. Les données montrent leur apparition «officielle», sans pour autant indiquer la date de leur arrivée. Les mentions dans les archives sont généralement liées à un événement concret. En ce qui concerne l'origine des Roms, on estimait le plus souvent que ceux-ci seraient venus dans les pays chrétiens de l'Egypte. Or, dans nombre de pays, on les appela selon leur souche égyptienne supposée - Gitanos (en espagnol), Gypsies (en anglais), Gitans (en français) - mais ces noms dérivent, probablement, du nom de la région de l'Egypte Mineure au Péloponnèse en Grèce ou de la région de l'Asie Mineure. Dans les Balkans, on les a appelés par un nom qui avait été donné à l'origine à une secte manicheï de prêtres, Athiganoie - Atsiganos, d'où un nouveau groupe de noms - Zingaro (en italien), Tsigane (en français) Zigeuner (en allemand), Ciganie (en langues slaves) et Cikani en tchèque. De l'avis de linguistes et historiens, les Roms, après avoir quitté l'Inde, sont passés par la Mésopotamie vers le Proche-Orient et la partie asiatique de la Turquie, où une grande partie des Roms serait restée pendant environ trois siècles (entre le XIIe et le XVe siècles).
A cette époque-là, ils ont pu, pour la première fois, s'orienter dans la nouvelle culture, ce qui leur a facilité, plus tard, leur passage vers l'Europe. Suite à l'expansion mongole et turque, ils ont continué en passant par l'Asie Mineure et les Balkans, s'arrêtant un certain temps en Grèce, ce dont témoignent de nombreux mots grecs en rom, pour continuer par la vallée du Danube jusqu'en Europe centrale. Une autre aile est allée vers l'Arménie, le Caucase et, plus tard, la Russie pour atteindre même la Scandinavie. Au XVe siècle, les Roms ont déjà été dispersés dans toute l'Europe, y compris l'Angleterre et l'Ecosse.
Le peuple Rom désigne les Tsiganes établis en Europe de l'Est. Le terme Rom signifie homme dans la langue Romanès.
Au nombre approximatif de huit millions répartis dans les Balkans, plus de trois millions d'entre eux habitent en Roumanie, soit plus de dix pour cent de la population.
Les changements géopolitiques survenus dans les pays de l'Est à la fin des années quatre-vingt ont accentué la crise économique, engendré la montée des nationalismes et fragilisé la situation des Roms. Ces derniers, le plus souvent artisans, commerçants ou musiciens, travaillaient à l'époque et pour la plus part d'entre eux dans des fermes de l'Etat. A la chute du régime, ils furent les premiers touchés par le chômage et rejetés par la majorité des citoyens qui libéraient ainsi des rancœurs accumulées durant la période communiste.
Les Roms ont alors été sédentarisés de force en obtenant diverses aides des gouvernements qui au fil du temps sont devenues de plus en plus aléatoires, rendant leur situation préoccupante. Ils ont vu leur histoire jalonnée d'épreuves et de persécutions. Plus de 800.000 Roms furent victimes des crimes commis par les Nazis.
Problème des minorités
L’oppression terrible des petites nations ou groupes ethniques nationaux, religieux, ou sociaux fait prendre conscience aux dirigeants européens à peine sortis de la seconde guerre mondiale de la nécessité de protéger les minorités. La convention européenne des droits de l’Homme et des libertés fondamentales signée en 1949 y fait alors allusion. «Mais les États confrontés à des problèmes liés à la présence de minorités tentent trop souvent de les résoudre en mettant en place des politiques d’assimilation», estime Hubert Frasnelli, président italien du parti sud tyrolien.
Intégrer les minorités en encourageant le développement de leurs cultures communautaires est un phénomène récent. La convention cadre pour la protection des minorités et la charte des langues régionales et minoritaires votées à la fin des années quatre-vingt par le Conseil de l’Europe - différent de l’Union européenne - ne sont entrés en vigueur qu’en 1998. «Chaque pays choisit une trentaine d’articles sur les soixante proposés et s’engage à les respecter», explique Michel Bolloré Pellé, breton et fondateur du site de l’organisation pour les minorités européennes. Les pays signataires reconnaissent un nombre défini de minorités et décident ensuite d’appliquer à chacune d’entre elles tel ou tel article. En tout état de cause, c’est le premier instrument juridique imposant aux parties d’améliorer leur législation afin d’établir un niveau de protection minimale de ces communautés en Europe. Il transformera peut-être la diversité culturelle en un facteur d’enrichissement et non en une cause de divisions supplémentaires. La charte sur les langues permet, elle, l’utilisation des langues régionales, dans des domaines aussi divers que l’enseignement, la justice ou les media.
Une majorité d’Etat a ratifié ces deux textes. La France n’applique ni l’un ni l’autre. La charte de protection des langues a été signée sous le gouvernement de Lionel Jospin mais n’a pas été ratifiée. Le Conseil constitutionnel a en effet déclaré le texte non-conforme à l’article 2 de la constitution qui spécifie que la «langue de la république est le français». La procédure a été stoppée nette. Quant à la convention cadre, elle n’a même pas été signée. «Le gouvernement estimait qu’il n’y avait pas de minorités en France. Nous imposons aux autres de respecter les minorités et la diversité culturelle et nous sommes pratiquement les seuls à ne pas avoir signé le texte !», s’indigne Michel Bolloré Pellé. Une situation qui pose de gros problèmes aux Basques par exemple. Car les Basques espagnols ont des droits linguistiques que n’ont pas leurs homologues français. «Tout se joue sur le terme minorité, ces pays estiment qu’elles existent face à l’ensemble du territoire de l’Etat», ajoute Michel Bolloré. La notion même de minorité est, il est vrai, compliquée. Les Bretons sont par exemple une minorité nationale ethnique, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas d’État propre. Ils sont en cela comparable aux Basques ou aux Corses. Les Russes, immigrés en Lettonie, sont également considérés comme une minorité nationale. Ils ne sont pas majoritaires dans leur pays d’accueil mais le sont dans un autre État. «C’est pour cela qu’il est difficile de faire un panorama des minorités en Europe, c’est vraiment du cas par cas», souligne Michel Bolloré. Un phénomène qui rend certainement difficile la mise en place d’une protection uniforme de ces populations.
Avec l’intégration de dix nouveaux États membres, l’Union européenne a multiplié par trois le nombre de locuteurs de langues minoritaires en Europe, aujourd’hui près de 50 millions. Tenus par les critères de Copenhague et par la convention européenne des droits de l’homme qui obligent les membres de l’Union à respecter les minorités, les nouveaux Etats sont obligés de prendre en compte les nombreux problèmes liés à ces communautés dans leurs pays.
Un phénomène nouveau pour ces Etats récemment délivrés de l’emprise communiste qui bannissait tout sentiment minoritaire.







Commentaires
Qu'on le veuille ou non.
Né en haute-bretagne, je suis d'abord breton et bien différent de mes voisins français... Et je garde espoir et confiance pour qu'un jour la Bretagne retrouve sa grandeur et sa place parmi les nations du monde!
Amicalement.
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