Le sommet de Washington du 7 mai dernier, débouche sur un constat : la guerre d’Afghanistan a débordé sur le Pakistan.
L’un des problèmes c’est que Zardari et Karzaï n’ont aucune confiance l’un dans l’autre et que le président américain se méfie des deux. Les trois présidents cependant sont obligés de faire cause commune encore plus qu’avant devant les progrès rapides sur le plan militaire des Talibans qui accroissent leur contrôle sur de vastes régions de l’Afghanistan et qui n’hésitent plus à attaquer les zones tribales du Pakistan menaçant même la capitale Islamabad dont ils ont été récemment à moins de cent kilomètres.
Le scénario catastrophe qui voit une menace des extrémistes religieux alliés des terroristes d’Al Qaïda mettant la main sur l’arsenal nucléaire pakistanais parait tout de même du domaine des fantasmes cauchemardesques du Pentagone. Ce qui n’est pas à exclure cependant ce serait une chute du pouvoir pakistanais au profit d’islamistes partisans des Talibans et de Ben Laden. Ce ne serait possible qu’avec l’appui de l’armée qui se retournerait. Une armée bien sûr travaillée par les courants fondamentalistes à l’image de la population. Il ne faut pas non plus oublier que la prise du pouvoir par les Talibans à Kaboul a été préparée par les services secrets pakistanais et que ces étudiants islamiques armés ont été formés au Pakistan à l’origine.
L’imbrication des deux pays est donc évidente. Elle l’est encore plus si on prend en compte un élément largement oublié et occulté par le côté islamiste du mouvement taliban : son unité ethnique. Les Talibans sont des Pachtounes et leur objectif n’est peut-être pas de prendre le pouvoir à Islamabad, mais de réunir dans un Etat taliban les Pachtouns des deux pays séparés par la colonisation britannique. Car dans des frontières artificielles, une fois de plus, se trouve l’origine d’un mouvement qui n’est pas, loin s’en faut, que religieux.
Les Pachtounes sont un peuple indo-européen composé de plusieurs tribus nomades dont la plus importante fraction réside en Afghanistan et au Pakistan. Autrefois, l'ensemble de cette ethnie voyageait, ou plutôt transhumait du Nord-est de l'Iran aux portes de l'Inde et de la Chine. En Afghanistan, les Pachtounes sont l'ethnie majoritaire qui constitue plus de 60% de la population totale du pays. Ils sont en tout cas les fondateurs de l'Afghanistan avec Ahmad Shah Durrani en 1747. Ils se considèrent comme les Afghans de souche. D’ailleurs le mot afghan est synonyme du mot pachtoune. Les Pachtounes parlent le pachto, une langue indo-européenne officielle qui est aussi la langue de la diplomatie et de l’administration de l'Afghanistan. Les Pachtounes sont environ 45 millions à travers le monde. Ils sont musulmans sunnites hanafites et sont réputés pour leur caractère guerrier. La diaspora pachtoune s'est répandue dans le monde comme aux États-Unis, en Europe et en Australie.
Le conflit d’aujourd’hui est donc en fait un conflit frontalier issu de la colonisation puis de la décolonisation et transformé par le contexte actuel de l’islamisme taliban.
C’est la ligne Durand qui coupe les territoires pachtounes entre l'Afghanistan et le Pakistan depuis 1893 qui est à la base d’un conflit majeur entre les deux pays. En effet, les territoires pachtounes sont divisés alors par un officier britannique en 1893 pour 100 ans entre l'Afghanistan et le Pakistan qui était une colonie de sa très gracieuse majesté britannique, impératrice des Indes. Mais le Pakistan indépendant n’a jamais accepté le retour de « ses » Pachtounes à l’Afghanistan même pas à la date technique de rétrocession, soit 1993. Ces Pachtouns pakistanais peuplent des zones où depuis toujours l'Etat pakistanais n'exerce qu'un contrôle distant, laissant aux autorités coutumières un grand pouvoir. C'est dans ces territoires que se sont naturellement consolidés à partir de 2003 divers groupes talibans pakistanais dont l'emprise s'étend donc aujourd'hui à la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP) voisine, où se trouvent Swat et Buner. C'est dans ces mêmes zones tribales qu'auparavant, à l'automne 2001, s'étaient réfugiés les Talibans afghans chassés du pouvoir par l'offensive américaine postérieure aux attentats du 11 septembre.
C’est pourquoi on peut parler de guerre pachtoune aussi bien que de guerre afgho-pakistanaise.
Pour trouver une solution régionale, les Américains devront prendre en compte toutes les dimensions historiques du conflit sans se laisser obnubiler exclusivement par la guerre contre le terrorisme. L’histoire de cette région du monde ne commence pas un certain 11 septembre
Entre nous : Crier au loup
Nous avions donc raison la semaine dernière en parlant de pandémie largement médiatique. Dans une société de communication cela pose un problème grave. La surinformation devient de la désinformation et l’alarme médiatique risque de perdre toute efficacité.
Ce problème est tout entier contenu dans le dicton « crier au loup ».
On connaît l’histoire. Celle d’enfants qui pour faire peur aux parents crient sans arrêt pour les alerter d’une attaque de loups. Et le jour où l’attaque est réelle, les parents ne les croient plus et les enfants sont dévorés.
La même menace nous guette, le jour où une véritable pandémie déferlera sur le monde, on risque bien de ne plus croire les média. Et à force d’en faire trop, ceux qui devraient nous informer, feront le jeu du loup et du virus tueur.
Patrice Zehr







Commentaires
Je me permets de copier un lien vers un mémoire que j\'ai réalisé en 2007 dont la problématique est justement celle explicitée dans votre texte : l\'importance du rôle de la frontière dans ce conflit.
http://intradociep.upmf-grenoble.fr/memoires/indexNew.php3?auteur=tora&titre=&directeur=&date1=&date2=&cote=&seminaire=&submit=Rechercher
S’abonner au flux RSS pour les commentaires de cet article.