Marrakech peut s’enorgueillir d’avoir donné à l’Union pour la Méditerranée un second souffle afin d’outrepasser les difficultés géopolitiques… « J’ai la conviction, au-delà de la déclaration que nous retiendrons, que la réussite de l’UPM passe d’abord par des projets concrets, au plus près de la réalité vécue par les femmes dans tous les domaines, l’éducation, la culture, l’économie, la politique. Ce sont ces projets qui contribueront à faire de l’UPM non pas une abstraction froide, mais un espace de prospérité et de paix respectueux des droits de chacun ». Les propos sont de Xavier Darcos, ministre français du travail et des relations sociales qui s’exprimait à l’ouverture de la 2ème conférence ministérielle de l’Euro-Med. « Nous considérons que cette conférence aura atteint ses objectifs si les ministres des 43 états membres de l’Union pour la Méditerranée peuvent non seulement évaluer les progrès accomplis depuis Istambul (novembre 2006) mais surtout donner un élan décisif à la mise en œuvre du cadre commun d’action qui a été défini lors de cette première conférence », a encore dit M. Darcos en remerciant le Maroc d’avoir accepté de l’organiser comme il avait déjà organisé la première conférence ministérielle Euro-Méditerranéenne sur le travail et l’emploi en novembre 2008.
Ainsi, la ville ocre, en l’espace d’une année, vient d’abriter un deuxième événement majeur pour la mise en œuvre de la fameuse UPM. 43 délégations provenant des pays membres de cette Union ont participé à cette deuxième conférence qui intervient trois années après la tenue de la première édition à Istanbul.
« Nous nous retrouvons aujourd’hui pour passer en revue la mise en œuvre du plan d’action commun d’Istanbul avec les réalisations et les défis qui persistent et pour tracer les perspectives vers 2011 », dit, pour sa part, Nezha Skalli, la ministre marocaine du développement social, de la famille et de la solidarité. Une occasion pour la responsable marocaine de passer en revue les réalisations accomplies par le Maroc, notamment la réforme du code de la famille, la réforme législative du code de la nationalité qui permet actuellement aux femmes de transmettre la nationalité marocaine d’origine à leurs enfants nés de père étranger, la pénalisation du harcèlement sexuel sur le lieu de travail, l’accès de sept femmes à l’exécutif et la désignation de huit ambassadrices. Et la toute récente avancée qui a permis l’élection de 3428 femmes conseillères soit 12,38% de l’ensemble des élus contre un taux de seulement 0,56% précédemment.
L’UPM a des yeux pour elles !
L’initiative phare de cette conférence a été notamment l’annonce de la mise en place d’une fondation des femmes pour la Méditerranée qui verra le jour en 2010 et qui sera dotée dans un premier temps de trois antennes : à Paris, Marrakech et Byblos(Liban). L’annonce en a été faite par le ministre Français xavier Darcos. « La fondation est le début de la déclinaison de la stratégie globale de l’UPM qui a été adoptée en juillet 2008 par tous les chefs d’Etat de l’Europe et de la Méditerranée, sans exception. Il ne manquait personne », tient-t-il à souligner en énumérant les différentes stratégies adoptées par l’UPM, notamment la stratégie de développement partagé, stratégie de convergence dans le domaine politique, stratégie de dialogue culturel, stratégie de gestion de la migration, stratégie de protection de l’environnement et puis une stratégie relative aux droits des gens et notamment les droits des femmes
« La fondation sera un réseau d’associations et d’organismes qui contribuent à améliorer la situation de la femme et ce réseau deviendra en quelque sorte l’interlocuteur dans la cadre de l’UPM », indique M. Darcos, lors d’une rencontre avec la presse en signalant que, pour ce qui est du financement de cette institution : « nous avons sollicité la banque Mondiale ».
Selon un communiqué rendu public lors de cette conférence : « Ce projet soutenu notamment par la France, la Jordanie, le Liban et le Maroc vise à créer un lieu identifié tant par les institutions que par les acteurs de terrain ». Le communiqué souligne également les « rythmes divers » des progrès réalisés dans la reconnaissance du rôle des femmes dans les sociétés méditerranéennes « y compris sur la rive nord ». Il ajoute que « face à l’émiettement des actions et des financements, il est nécessaire de fédérer et de dynamiser, en mutualisant les bonnes pratiques ». Signalons que cette nouvelle entité Euro-Med fondation aura un statut juridique de droit français mais sa gouvernance sera multilatérale.
Les associatifs plus ou moins déçus…
L’un des moments clés de cette conférence a été la présentation de la plateforme du réseau associatif euro-méditerranéen par le Marocain Abdelmaksoud Rachdi qui a appelé les participants à réaffirmer leur engagement collectif envers l'égalité des sexes et des droits des femmes en tant que valeur universelle et comme objectif clair et explicite du Plan d'action d'Istanbul en conformité avec les traités européens et les conventions internationales. Il a, également, exhorté les pays membres de l'UPM à reconnaître la citoyenneté pleine et entière à toutes les femmes qui vivent dans l'espace euro-méditerranéen, y compris les femmes migrantes. M. Rachdi a, en outre, mis l'accent sur la nécessité d'initier d'urgence des efforts conjoints et efficaces pour protéger les femmes dans les situations de conflits et d'occupation militaire.
«L'implication de la société civile, et en particulier la plateforme Euromed, dans le processus d'Istanbul, figure parmi les plus importants acquis réalisés par cette conférence. Nous estimons qu'il s'agit d'un acquis stratégique mais nous attendons que la société civile fasse preuve de l'engagement continu et responsable auquel nous nous attendons», dira Nezha Skalli lors de la rencontre avec la presse à l’issue de la conférence.
Rappelons que les 24 et 25 octobre 2009, les représentants de plus de 120 organisations de la société civile, de la défense des droits humains et des droits des femmes issues des pays de la Méditerranée et de l’Europe se sont réunis à Istanbul afin de préparer des recommandations pour la réunion ministérielle Euro-med de Marrakech. Ces recommandations se fondent sur une évaluation de la mise en œuvre des conclusions de la conférence d’Istanbul communément désignés sous : Plan d’action d’Istanbul(PAI).
Le rapport parallèle qui a été, ainsi établi, révèle « une mise en œuvre très modeste du PAI et un impact limité sur la promotion de la parité et des droits des femmes dans la région. « le potentiel du PAI à développer efficacement une politique d’intégration de la dimension genre est considérablement freiné par l’absence de dispositions tangibles et de mesures contraignantes. « Pour le moment le PAI reste éminemment déclaratif », constatent, non sans dépit, les initiateurs de cette démarche qui rappellent que les droits politiques, civils, sociaux, économiques et culturels n’ont pas été intégrés aux accords d’association entre l’UE et ses partenaires, pas plus qu’ils n’ont été inclus aux plans d’action de la politique Européenne de voisinage.
Sur ce, les participants de la conférence de la société civile ont considéré que la réunion de Marrakech offre une occasion sans précèdent de rectifier la trajectoire du PAI. « Il est temps pour les gouvernements euro-med de fixer des étapes plus ambitieuses et d’initier une action énergique et immédiate » et surtout, « de faire en sorte que les décisions prises lors de la conférence ministérielle de Marrakech soient inclus dans les conclusions de la prochaine réunion Euro-med des ministres des affaires étrangères qui se tiendra à Istanbul les 25 et 26 novembre 2009 », lit-on dans un communiqué publié à l’issue de cette grand-messe civile.
Controverse sur le quota
« La politique des quota ne constitue pas un danger pour la démocratie », réplique Nezha Skalli à Farkhonda Hassan, la secrétaire générale du Conseil de la femme égyptienne qui estime que « le quota n’est pas la solution idéale pour la participation des femmes », rappelant que le système de quota qui garantissait aux femmes égyptiennes des places au parlement a été aboli par la justice qui l’a jugé en contradiction avec le principe constitutionnel de la non-discrimination sur la base du sexe. Pour la ministre marocaine, c’est plutôt l’exclusion des femmes ainsi qui est le véritable danger sur la démocratie. « L’idéal serait d’avoir 50% des sièges de responsabilité pour les femmes. Car, dit-elle, s’il n’y avait pas de quota, 100% des sièges reviendraient aux hommes, selon l’a priori social qui a prévalu pendant longtemps et qui considère que seul l’homme est représentant de la famille. Abondant dans le même sens, Xavier Darcos affirme que : « la parité en France est une avancée considérable. Et j’ai eu l’occasion d’en mesurer la grandeur quand j’étais maire. L’expérience des conseils municipaux était un très grand progrès dans la manière de travailler, dans la manière d’aborder les sujets, de mieux entendre l’opinion des citoyens à travers des conseils composés de 50% des femmes. Ce qui nous pousse à continuer d’ailleurs, pour la mise en place de la parité salariale et dans les entreprises ». Et le responsable français d’annoncer qu’il déposera bientôt un projet de loi sur la parité professionnelle.






