Un groupe de 7 séparatistes vivant au Maroc se sont rendus dans les camps de Tindouf où ils ont rencontré des responsables du Polisario et de la sécurité militaire algérienne. A leur retour, ils sont arrêtés. Les raisons.
Ce sont ceux qu’on appelle des « séparatistes de l’Intérieur », c'est-à-dire ceux qui partagent et défendent les thèses séparatistes du Polisario à partir, non pas de Tindouf, mais du Maroc même, de Laayoune, Agadir, Marrakech… Ils sont au nombre de 7. Il s’agit de : Ali Salem Tamek, Ibrahim Dahane, Rachid Essaghir, Hammadi Naciri, Yahdih Trouzi, Saleh Lbihi, Daghja Lachgar.
Ils sont allés, tous les 7, dans les camps de Tindouf, rencontrer la direction du Polisario et tenir des meetings enflammés contre le Maroc (voir le reportage photos, page 17).
Jusque là, rien de nouveau, ce n’est pas leur première visite dans les camps, une visite similaire de Tamek venait d’avoir lieu quelques jours auparavant.
Ce n’est pas la première fois non plus que des « séparatistes de l’intérieur » rencontrent des responsables militaires algériens et prennent leurs directives auprès d’eux (et les financements qui vont avec).
Mais cette fois-ci, le bouchon a été poussé trop loin. Les autorités marocaines ont les détails (et les preuves) d’un plan de déstabilisation de la rue et des universités marocaines du Sud, concocté par la sécurité militaire algérienne et qui devait être exécuté par les 7.
Selon l’Association le Sahara Marocain (ASM) qui a été la première à révéler l’affaire, les 7 se sont mis d’accord avec les trois responsables militaires algériens qu’ils ont rencontrés (une réunion de près de trois heures) sur l’affectation d’un montant de 20.000 Euros à chaque université visée par les opérations de soulèvement, sur d’autres sommes pour les « manifs » dans la rue, ainsi que sur des indemnités et prises en charge médicales (si nécessaire à l’étranger) pour les manifestants blessés… Un franco-algérien devait venir, en touriste, au Maroc pour livrer l’argent.
Les 7 ont aussi rencontré le « ministre de la défense » du Polisario, Mohamed Lamine Albouhali, au siège du commandement militaire du Front et plusieurs autres responsables du Polisario lors de réunions secrètes dans leur domicile.
C’est ainsi qu’à leur retour au Maroc, les 7 étaient porteurs de messages écrits et d’argent à destination de certaines familles (le tout a été confisqué, comme preuve à charge, dès leur arrestation).
Le 8 octobre, un communiqué officiel annonçait : « Les individus ayant effectué une visite dans les camps de Tindouf ont été interpellés, jeudi après-midi (8 octobre) à l'aéroport Mohammed V de Casablanca, et remis aux services de la police judiciaire désignée par le parquet général pour interrogatoire. Un communiqué du procureur du Roi près la Cour d'appel de Casablanca précise que ces individus seront déférés devant la juridiction compétente au terme de cette enquête ».
L’agence MAP précisait : « Le communiqué rappelle que suite aux informations véhiculées par certains médias, relatives à la visite effectuée par certains individus dans les camps de Tindouf, et durant laquelle ils avaient pris contact avec des parties hostiles au Maroc, portant ainsi atteinte aux intérêts supérieurs de la Nation, le parquet général a ordonné une enquête à ce sujet, l'arrestation des concernés et leur comparution devant la justice ».
« Le gouvernement ne restera pas les mains liées face aux provocations visant l'intégrité territoriale du Royaume », affirmait le jour même le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri, lors d'un point de presse à l'issue du conseil de gouvernement, réuni à Rabat.
La visite a par ailleurs été fermement dénoncée par l'ensemble des forces politiques du pays et par la société civile, ainsi que par toutes les tribus et associations sahraouies à l’intérieur et à l’extérieur du pays.
Le Conseil Royal Consultatif pour les Affaires Sahariennes (CORCAS) s’est également réuni à ce sujet et dénoncé les agissements des 7. A l’issue de cette réunion, le Président du CORCAS, Khalihenna Ould Errachid, a déclaré que ces individus ont accompli un acte « inacceptable et immoral » en se réunissant avec les ennemis de l'intégrité territoriale et que tous les pays refusent que leurs citoyens complotent avec un autre pays contre l'intérêt national.
Il a rappelé que les mis en cause avaient bénéficié de la grâce royale en avril 2006 et jouissaient des libertés d'expression, de circulation et de voyage à l'étranger ; qu’ils s'étaient réunis avec les organisations internationales des droits de l'Homme ayant visité la région, comme le Haut commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme, la commission parlementaire d'enquête, relevant du parlement européen et Human Rights Watch...
Dans les prochains jours (dès la fin de l’instruction), la justice aura à se prononcer sur cette affaire. En attendant, les condamnations pour « haute trahison », « intelligence avec l’ennemi » et « atteinte à l’intégrité territoriale » continuent de pleuvoir.
Entretien exclusif avec Reda Taoujni, Président de l’ASM
Reda Taoujni, Président de l’Association le Sahara Marocain, a aussi lancé un journal « Assahra Al Ousbouiya » et s’est installé pour cela dans le sud, d’où il suit, avec la plus grande attention, tout ce qui concerne le Sahara et les Sahraouis qu’ils résident à Laayoune, Dakhla, Boundour… Ou à Tindouf. Mieux informé que quiconque sur ce scoop (l’affaire des 7) qu’il a été le premier à révéler, il nous en parle et nous fait d’autres révélations.
C’est votre association –l’ASM- qui, la première, a révélé l’affaire de la visite des 7 « séparatistes de l’intérieur » aux camps de Tindouf et dénoncé leur rencontre avec trois hauts responsables de la sécurité algérienne. Voulez-vous nous expliquer les circonstances de cette affaire ?
Depuis plusieurs années que nous travaillons sur le dossier desdits « séparatistes de l’intérieur », nous avons attiré l’attention des pouvoirs publics sur le danger que représentent ces personnes pour la stabilité du Maroc.
Concernant le dernier voyage de ces personnes en Algérie il a été marqué par les réunions qu’ils ont eues, de manière flagrante, à Tindouf et à Alger avec les responsables des services de renseignements militaires algériens, ainsi qu’avec d’autres officiels. Et c’est la goutte qui a fait déborder le vase.
Connaissez-vous ces 7 séparatistes ? Pouvez-vous nous en parler ?
Ce sont des personnes en mal d’identité et en quête de vedettariat, surtout à des fins pécuniaires. Ils sont allés se jeter entre les mains des officiels algériens qui les ont gérés.
Revenons à leur rencontre avec les trois responsables de la sécurité militaire algérienne que vous avez révélée. Pouvez-vous nous dire sur quoi a porté le deal ?
Pour la rencontre avec les responsables de la sécurité militaire algérienne, le deal a porté sur le fait qu’au retour des 7 personnes, un Français d’origine algérienne viendrait à Agadir porteur d’une grosse somme d’argent qui allait être remise à Tamek. Ce dernier s’occuperait du dispatching à ses lieutenants. Il était prévu de déclencher des provocations en direction des forces de l’ordre, dans les universités d’Agadir et de Marrakech ainsi que dans plusieurs villes de nos provinces du sud.
Sans oublier qu’un message a été diffusé et a eu l’effet d’une traînée de poudre selon lequel toute personne blessée par les forces de l’ordre bénéficierait d’une prise en charge médicale en Europe, surtout en Espagne. Alors, vous imaginez l’aubaine pour plusieurs jeunes...
Et vous avez les preuves de tout ceci ?
A ce jour, en plus des photos reçues des camps de Tindouf, nous avons les témoignages écrits de 52 étudiants universitaires d’Agadir et de Marrakech, ainsi que de certains ex-proches de Tamek, où ils racontent que ce dernier les avait contactés à travers un téléphone satellitaire des camps de Tindouf pour leur demander de se préparer à une « Intifadah » contre l’ « occupant marocain » !!!
Mais cela se passe exactement de cette manière depuis 2005. Qu’est ce qui change aujourd’hui ? Le fait d’avoir des preuves concrètes que c’est la sécurité militaire algérienne qui est derrière ?
Ce qui change, c’est qu’en 2005, bien que c’était à caractère séparatiste, ceux qui étaient derrière les émeutes de l’époque étaient des personnes de l’intérieur du Maroc ayant un pouvoir financier et voulant faire pression sur l’Etat et le faire chanter en vue de concessions… Cela a été exploité par nos ennemis.
Il y a d’autres « séparatistes de l’intérieur », notamment le groupe des 5 qui ont été empêchés de quitter le territoire, la semaine dernière… Que pouvez-vous nous en dire : même stratégie ? Mêmes liens avec Alger…?
Pour Alger, il s’agit de la même stratégie. Elle consiste à inviter des séparatistes de l’intérieur, à les embrigader, les soudoyer et à les renvoyer au Maroc pour exécuter les ordres.
Mais entre eux, les séparatistes de l’intérieur sont en guerre. C’est la mésentente, car c’est une histoire de fonds et de voyages à l’étranger, ainsi que d’autres privilèges. Ils se battent pour qui en tirera profit au maximum.
Que préconise votre association pour les « séparatistes de l’intérieur » ?
Personnellement, je pense que les séparatistes de l’intérieur sont une très bonne chose pour la démocratie marocaine. C’est la liberté d’expression, mais à condition que ces personnes n’aient aucun lien avec l’Algérie ou ledit « Front Polisario », ni aucune autre entité étrangère. Qu’ils se constituent en association, que l’Etat les finance, c’est très positif… Mais à condition de ne pas oublier que ces séparatistes ne constituent qu’une infime minorité devant une grande majorité active qui défend corps et âme la marocanité du Sahara. Tout cela, nos politiques devaient le comprendre et agir dans ce sens depuis le 1er jour. Et c’était la politique que l’ASM préconisait.
Quand vous dites que l’Algérie –qui se dit n’être pas partie au conflit- n’accorde même pas de droit d’entrée sur son territoire ni de liberté de circulation à ceux qui sont contre le Polisario, vous vous référez aux journalistes marocains, dont vous, qui ont été systématiquement arrêtés à leur descente d’avion, à Alger ?
Vous savez, l’Algérie, avec cette dernière affaire, vient de démontrer qu’à part son indéfectible soutien aux séparatistes dudit « Front Polisario », son objectif c’est d’œuvrer par tous les moyens à déstabiliser le Maroc.
Chaque fois que nous sommes arrivés à Alger -que ce soit en tant que membres de l’ASM ou en tant que journalistes de notre hebdomadaire- notre refoulement s’est fait sur la base de nos opinions et positions envers notre intégrité territoriale.
L’Algérie est le dernier pays à pouvoir parler de liberté de circulation ou d’expression vu ce qui se passe chez elle, sur le plan intérieur… Et aussi, vu son acharnement contre toute personne pro-Sahara marocain. Jamal Debbouze en a fait les frais, Cheb Khaled s’est fait lyncher médiatiquement il y a quelques jours, etc…
Selon vous, qu’est ce qui fait que les « séparatistes de l’intérieur » se réactivent ?
Les séparatistes de l’intérieur sont en réalité une très petite minorité dans nos provinces du sud. Le phénomène prenait une ampleur alarmante car il promettait monts et merveilles aux enfants, aux étudiants… Comme des aides pécuniaires, des prises en charge… Mais tout cela aussi est dû à notre politique de gestion des provinces du sud. Ce sont des villes où il n’y a pas où aller : ni terrains de sports adéquats, ni centre culturels à la hauteur. Beaucoup de gens sont taxés de séparatistes par certains fonctionnaires pour prouver à leur hiérarchie qu’ils travaillent. Sans oublier le plus important, c’est que beaucoup de fonctionnaires sont là-bas par mesure disciplinaire. C’est encore plus grave.
Les 7 ont été arrêtés à leur retour des camps et il a été décidé de les présenter à la justice. Vous qui suivez l’affaire de près, savez-vous s’ils ont reconnu et assument ce qui leur est reproché ?
Les autorités marocaines ont assez de preuves pour les envoyer en prison à vie pour haute trahison… Et Tamek, lors de son arrestation, était en possession de dizaines de lettres ainsi que de sommes d’argent de Mohamed Abdelaziz pour certaines familles.
Ces personnes, sous couvert de droits de l’Homme, ont servi des intérêts étrangers -à savoir l’Algérie- et ils doivent payer à la société marocaine leur trahison.
Pourquoi Mohamed Abdelaziz a confié cela à Tamek ? C’est le chef de file des 7 ?
En 2002, le général Laânigri alors patron de la DGST avait, à travers ses éléments, conclu un pacte avec Tamek. Il l’a recruté au sein du service contre un salaire de 4500 DH et lui a donné la notoriété nécessaire (il faisait la « Une » de certains journaux, à travers des interviews). Il l’a formé pour qu’il soit l’emblème du séparatisme de l’intérieur. Pour un service de renseignement, c’est du beau travail car en même temps la DGST contrôlait toutes les actions des séparatistes de l’intérieur et les ordres qui leur parvenaient d’Alger. Le services savaient qui faisait quoi et Tamek a été un bon élève… Jusqu’en 2008 où il est devenu sans importance et réclamait toujours plus d’argent.
Entretien réalisé par BA
Flashs
Un nouveau Représentant spécial pour le Sahara : Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, a informé le Conseil de sécurité de son intention de nommer l'Egyptien Hany Abdel Aziz (63 ans) comme son Représentant spécial pour le Sahara, et à la tête de la MINURSO, avec effet immédiat.
Hany Abdel Aziz était jusque-là chargé de la logistique de la mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC). Il a aussi servi pour l'ONU au Soudan ainsi qu'au Tchad et en République de Centrafrique.
Il a entamé sa carrière aux Nations Unies en tant qu'interprète à Genève en 1981 après une carrière militaire de 15 ans au sein de l'armée égyptienne avec le grade de Colonel.
L’objectivité de Human Rights Watch : Le nouveau rapport de l'ONG américaine de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW) a été jugé « non objectif » au Maroc. Il « est loin d'être objectif et par conséquent nous ne pouvons que le dénoncer »,a indiqué le gouverneur, directeur de la Réglementation et des libertés publiques au ministère de l'Intérieur, Mohamed Ouzgane.
« Les auteurs de ce rapport se sont montrés véritablement aux côtés d'un certain nombre d'individus qui veulent prendre en otage l'intégrité territoriale du Royaume », a ajouté M. Ouzgane. « il n'y a nulle part, de législation qui autorise la constitution d'associations sur une base de séparatisme », a-t-il conclu.







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