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Industrie automobile : Renault modère ses ambitions

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Mieux vaut tard que jamais. Annoncé en grande pompe en septembre 2007, lors de la signature de l’accord, le projet de création d’une unité de montage Renault à Melloussa dans la région de Tanger, a été retardé plusieurs mois. Le chantier vient d’être lancé. Retour sur une genèse. Le 30 octobre 2009, Renault a mis les petits plats dans les grands à l’occasion du lancement du chantier de la nouvelle usine Renault et du Centre de formation aux métiers de l’automobile Tanger-Med dans la zone franche industrielle de Melloussa à Tanger. L’évènement est de taille car ce projet fera de la plateforme Maroc, une plaque tournante de l’industrie automobile à destination de l’Europe, l’Afrique et les pays arabes. Lors de la cérémonie de pose de la première pierre, Jacques Chauvet, président de la région Euromed chez Renault, a indiqué que le site de Tanger-Med est appelé à devenir « le site le plus compétitif du groupe », et d’ajouter que « l’engagement de Renault est total et sans faille ». M. Chauvet fait ainsi un croche-pied aux rumeurs colportées sur un éventuel désengagement de Renault de ce projet. Présent lors de la cérémonie, Ahmed Reda Chami, ministre du Commerce, de l'Industrie et des Nouvelles technologies, a estimé que ce projet est le fruit des efforts déployés par le Maroc en matière d’encouragement des investissements et s’inscrit dans la droite ligne de la dynamique de développement du secteur automobile.

De grandes ambitions
Concrètement, la nouvelle chaîne de production sera dédiée à la production de deux nouveaux modèles low-cost dérivés du modèle économique Logan et qui seront conformes aux normes de qualité internationales. Renault cherche à faire de la nouvelle unité, le fer de lance pour la conquête de nouvelles parts de marché en Europe de l’Ouest et de l’Est, en Asie et en Afrique. Pas moins de 85% de la production sera écoulée sur le marché extérieur.

 

Doté d’une enveloppe budgétaire de 1,1 milliard d’euros, le projet comporte la création d’une usine d’assemblage sur une superficie de 314 hectares dans la Zone économique spéciale de Tanger-Med et d’un Centre de formation aux métiers de l’automobile. L’usine sera composée d’ateliers d’emboutissage, de soudure, de peinture et d’assemblage et d’un centre d’expédition logistique. Rappelons que l’usine profitera de sa proximité avec le port Tanger Med pour acheminer une partie de sa production.

Selon les responsables de Renault, la nouvelle unité d’assemblage sera opérationnelle début 2012 avec une cadence journalière moyenne de 30 véhicules, soit 170.000 par an. A terme, cette cadence sera augmentée pour atteindre un volume de production de 400.000 véhicules par an. L’usine devrait en principe générer 6.000 emplois directs et 30.000 emplois indirects.

Le centre de formation, quant à lui, sera opérationnel en juin 2010 avec une capacité d’accueil de 250 stagiaires par jour. Cette offre sera renforcée par trois autres instituts spécialisés de formation consacrés à l’automobile créés par l’Etat à Casablanca, Tanger et Kénitra et qui seront confiés aux professionnels du secteur automobile pour assurer leur gestion. Ces centres devraient ouvrir en principe leurs portes en octobre 2011.

Un feuilleton à rebondissements
Si l’on ne peut que se féliciter que le Maroc ait été choisi pour abriter un tel projet, sa genèse laisse quelque peu perplexe. Associée au départ au projet, Nissan, partenaire stratégique de Renault, a préféré retirer ses marrons du feu. Et pour cause, au moment du retrait du constructeur japonais en 2009, la crise battait son plein. En février 2009, Carlos Ghosn, PDG de Renault avait déclaré à la presse que le groupe était sous l’effet combiné et simultané de trois difficultés majeures : la crise du crédit, le renchérissement du yen et la récession économique. Nissan qui voulait produire au Maroc des véhicules utilitaires a préféré changer son fusil d’épaule. Si Renault a tenu mordicus à son projet de Tanger, c’est que le site de production en Roumanie tourne à plein régime et que le constructeur automobile a besoin d’une augmentation de la production à faible coût pour faire face à la demande.

Deuxième fait qui mérite que l’on s’y attarde, le report du projet. Après le désistement de Nissan, Renault a officiellement retardé le projet sans pour autant l’abandonner. Avec la crise mondiale, la majorité des entreprises ont dû faire face à un problème de cash flow. La solution est toute trouvée : faire appel aux bons samaritains de l’économie marocaine que sont la CDG et le fonds Hassan II pour le développement économique et social. Au lieu de prêter des fonds, la CDG a préféré se porter acquéreuse de 47% du capital de la société d’actifs créée avec Renault. Un accord de financement a été scellé le 22 juillet 2009 à Rabat dans ce sens entre un pool de trois banques marocaines (Attijariwafa Bank, la Banque populaire et BMCE Bank), le Fonds Hassan II et la CDG. Le pool des banques marocaines devrait prêter d’ici 2010, 150 millions d’euros à Renault, idem pour le Fonds Hassan II. La participation du groupe CDG, elle, est estimée à plus de 300 millions d’euros. Ainsi, en gros les organismes marocains assureront la quasi-totalité des 660 millions d’euros nécessaires au lancement de la première phase du projet. Si l’on y rajoute les 200 millions d’euros octroyés dernièrement par la BEI à Renault, le constructeur n’a plus qu’à trouver moins de 300 millions d’euros pour boucler son budget d’investissement estimé à 1,1 milliard d’euros.

Troisième remarque qui s’impose, la révision à la baisse des prévisions du constructeur. Même si les écarts ne sont pas flagrants, force est de constater que le volume de production n’est pas celui affiché en 2007. De plus, les prévisions ont été décalées. Désormais, il ne s’agit plus de produire 200.000 véhicules à l’horizon 2010, mais 170.000 en 2012. De même, à terme la production devrait se situer aux alentours de 250.000 véhicules au lieu des 400.000 prévus pour 2013. La marque au losange semble donc modérer ses ambitions.

Un projet catalyseur de développement
Toujours est-il que l’usine de Tanger Med est un grand projet catalyseur de développement intégré. Les effets d’entraînement devraient se faire sentir sur les 120 fournisseurs d’équipements automobiles marocains, mais aussi espagnols. Ces derniers sont montés au créneau cette semaine pour demander à être sélectionnés comme fournisseurs de Renault Maroc en mettant en avant le fait qu’ils le sont avec Renault Espagne. Seulement, la vocation du site de Melloussa est de produire à bas prix, ce qui ne peut pas toujours se faire avec des équipements produits en Europe. La croissance que connaît le secteur automobile au Maroc (+10% pour la production et +20% pour les exportations durant la dernière décennie), attire les investisseurs, attise les convoitises et les jalousies (Cf. encadré).

En outre, et pour permettre aux équipementiers marocains de profiter des retombées de ce projet, une convention pour la mise en œuvre d'un projet d'accompagnement des fournisseurs de la future usine a été signée le 30 octobre dernier à Tanger. Cet accord vise à accompagner les entreprises du secteur dans leurs projets de modernisation, à travers le mécanisme Moussanada, mis en place dans le cadre du nouveau Pacte pour l’émergence industrielle. L’Etat veut ainsi améliorer la qualité de l’offre marocaine, d’autant plus que Renault Maroc chercher à atteindre un taux d’intégration locale de 38% dans un premier temps, avant de le porter à 57% à moyen terme. De beaux jours s’annoncent donc pour l’industrie automobile marocaine.

L’Algérie, crise de jalousie
L’annonce en 2007 de la création d’une usine Renault au Maroc a suscité les foudres de l’establishment algérien. Alger est allée jusqu’à demander via ses diplomates des explications au gouvernement français. Aujourd’hui, la lune de fiel entre les deux capitales bat son plein. Selon la presse algérienne, Alger aurait interdit aux entreprises publiques et aux responsables administratifs chargés des questions économiques de recevoir Xavier Driencourt, Ambassadeur de France à Alger jusqu’à nouvel ordre. En fait, cela n’est que la partie visible de l’iceberg. Depuis 2007, les relations entre les deux pays ne sont pas au beau fixe. Alger a fait des pieds et des mains pour obtenir gain de cause et la France semble céder. Après des mois de pressions algériennes, de nouvelles négociations pour la création d’une usine Renault en Algérie devraient être entamées. Le Conseil des Participations de l'Etat algérien (CPE) a donné courant octobre son feu vert dans ce sens.

Alger négociera avec le constructeur un protocole d'accord pour le montage en Algérie de 50.000 véhicules par an notamment sous la marque Dacia, Sandero et Symbol. Si les discussions aboutissent, la Société nationale des véhicules industriels (SNVI) détiendra 51% de la société qui sera créée. L’usine, quant à elle, devrait être implantée dans la commune de Rouiba dans la banlieue d’Alger. 

 

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